Des géomaticiens travaillent ensemble autour d'une table pendant un atelier Datando
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Développer son jugement de géomaticien à l'ère de l'IA : la méthode

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En juillet, j’écrivais ici que la vraie compétence du géomaticien n’était plus technique : que la valeur se déplaçait du geste vers le jugement, de la production vers la responsabilité (relire l’article).

Depuis, une question revient, en formation comme en commentaire : d’accord, mais on fait comment ? Le jugement, ça ne s’installe pas comme un plugin.

C’est vrai. Alors voici la méthode.

Le jugement n’est pas un don, c’est un entraînement

Première chose à évacuer : le jugement n’est pas une qualité innée réservée aux seniors. C’est une grille de lecture qu’on applique jusqu’à ce qu’elle devienne un réflexe.

Les géomaticiens expérimentés que vous admirez ne sont pas plus intelligents. Ils ont juste intériorisé une série de questions qu’ils posent automatiquement à tout ce qui passe devant eux. La bonne nouvelle : ces questions, on peut les expliciter. Et à l’ère où l’IA produit les analyses à votre place, les poser devient votre cœur de métier.

Les 5 questions à poser à toute production de l’IA

1. D’où vient la donnée, et que vaut-elle ?

Quelle source, quelle date, quelle méthode de saisie, quelle précision réelle ? Une analyse impeccable sur une donnée de terrain saisie à plus ou moins dix mètres reste une analyse à plus ou moins dix mètres. L’IA ne vous le dira pas spontanément : elle ne connaît pas votre donnée, elle ne connaît que sa forme.

2. Quels choix ont été faits sans moi ?

Seuils, classes, palette, méthode de discrétisation. Chaque choix oriente la lecture, donc la décision. Si vous ne savez pas dire pourquoi la choroplèthe a ces bornes-là, c’est que quelqu’un a choisi à votre place. Et ce quelqu’un ne portera pas la responsabilité.

3. La géométrie tient-elle debout ?

Projection utilisée, unités des mesures, échelle de validité. Une surface calculée dans le mauvais système, une jointure spatiale qui a silencieusement perdu des entités : ce sont les erreurs les plus fréquentes et les plus invisibles dans un résultat qui a l’air propre. C’est aussi pourquoi les fondamentaux comptent plus que jamais.

4. Le résultat est-il plausible ?

Le test de l’ordre de grandeur : ce chiffre est-il crédible pour ce territoire ? Et le test du terrain connu : sur la zone que je connais personnellement, le résultat correspond-il à ce que je sais ? Si l’analyse se trompe là où vous savez, méfiez-vous d’elle partout où vous ne savez pas.

5. Qui décidera à partir de ça ?

Une carte n’est jamais neutre. Celle-ci servira-t-elle à implanter un équipement, arbitrer un budget, trancher un débat ? Plus la décision en aval est lourde, plus votre niveau d’exigence sur les quatre questions précédentes doit monter.

Cinq questions, deux minutes. C’est le prix du droit de signer une analyse.

L’entraînement quotidien

La grille ne devient un réflexe que si vous la pratiquez. Trois exercices, du plus simple au plus exigeant :

L’audit quotidien. Une fois par jour, prenez une production de l’IA, la vôtre ou celle d’un exemple, et passez-lui les 5 questions. Par écrit au début. Au bout de deux semaines, la grille tourne toute seule dans votre tête.

L’échantillon manuel. Sur une analyse générée, refaites à la main une petite portion : dix entités, un calcul, une jointure. Si votre résultat diverge, vous venez d’apprendre quelque chose d’important, sur l’outil ou sur vous.

L’explication à voix haute. Expliquez votre choix méthodologique à quelqu’un qui n’est pas géomaticien. Si vous n’y arrivez pas simplement, c’est que le choix n’est pas encore le vôtre : il est encore celui de la machine.

Ce que ça change, concrètement

Le géomaticien qui pratique cette grille change de position dans son organisation. Il n’est plus celui qui produit les cartes qu’on lui demande : il est celui qui peut dire « cette analyse tient debout » ou « celle-ci ne prouve pas ce qu’on lui fait dire », et l’expliquer.

À l’ère où tout le monde peut générer une carte, c’est la personne qu’on écoute avant de décider. C’est une place plus exposée. C’est aussi la seule qui ne se délègue pas à une machine.

C’est exactement le sujet que j’approfondis en direct le 17 septembre, lors de mon webinaire de rentrée : la démonstration complète, une analyse produite par l’IA passée au crible des 5 questions, et vos cas concrets en questions-réponses.

Le jugement ne s’installe pas comme un plugin. Mais il s’entraîne comme un muscle. Et c’est le seul qui vaudra encore quelque chose dans dix ans.

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